Bonjour,

j'ai terminé le second roman sorti aux éditions NAOH. J'avoue que j'avais été très enthousiaste du courage qu'avait pris cette toute petite maison d'édition en publiant LE SYNDROME D'ICARE d'Emmanuel DELPORTE qui est un roman dur de par le sujet abordé et difficile à appréhender de par le style choisi par l'auteur qui déconcerte au début. J'étais donc impatiente de découvrir le second roman sorti même, si je l'avoue maintenant, je ne lis jamais ce genre littéraire. Je partais donc avec des réticences tout en me fiant aux choix de l'éditeur. Vous savez cette envie de faire un pas en avant et deux en arrière en même temps. La curiosité fut tout de même la plus forte. J'ai tout de même attendu une période de vacances pour le débuter... Et je l'ai fini en deux jours!

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MERHABA de Julien HEYLBROECK aux éditions NAOH, 188 pages.

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Résumé: l'auteur nous plonge dans une histoire de meurtre sordide dans un squat perpétré par un groupe d'érythréens. L'assistant social qui s'occupait de ces réfugiés est interrogé par la police. Il apprend très vite que les auteurs de ce lynchage sont retrouvés morts. Il se retrouve ensuite en possession d'une clé USB qui lui fait comprendre que ce qu'il prenait pour un simple règlement de compte a des enjeux politiques et économiques sordides. Au prix de nombreuses vies il va essayer de découvrir la vérité.

Verdict: Je dois tout d'abord avouer mon ignorance car je ne connaissais pas du tout l'ERYTHREE. J'ai tout d'abord cru que ce pays sortait de l'imagination de l'auteur mais en faisant des recherches j'ai découvert qu'il existait et qu'il était référencé comme une des dictatures les plus cruelles à l'heure actuelle. L'auteur nous décrit l'horreur que vivent les habitants de ce pays chaque jour (j'ai particulièrement frissonné aux intermèdes qui montrent toute la cruauté des dirigeants de cette dictature).

Avant de donner mon avis sur le récit, je voudrais dire que j'ai d'abord adoré la plume de l'auteur. Il va droit à l'essentiel sans passé par moult détails qui ne servent qu'à alourdir le texte. Fait rare avec moi, j'ai été totalement immergée dans le récit et dans l'action. Il n'y a aucun temps mort. L'auteur est travailleur social et donc sait de quoi il parle.

Thomas est le genre de personnage auquel on s'attache facilement. Il est un homme ordinaire qui va avoir un destin extraordinaire et risquer sa vie pour découvrir un complot international. Un homme qui a une vie rangée et qui va devoir tout abandonner pour une quête qui mettra plus d'une fois sa vie en danger.

Au début l'auteur nous emmène dans un squat où vivent des réfugiés de différentes nationalités qui fuient des pays où leur vie est menacée. Seul Thomas doute quand il apprend le meurtre d'un des hommes dont il avait la charge dans son travail d'assistant social. On découvre ainsi son travail souvent difficile et son implication face à ces êtres qui espèrent une vie meilleure en arrivant en FRANCE, tous les méandres administratifs et souvent l'incapacité à les aider. Quand il apprend le nom des meurtriers, Thomas doute et va donc mener son enquête et découvrir bien plus que ce qu'il croyait.

L'histoire peut sembler assez simple dans son résumé mais ce sont toutes les informations fournies par l'auteur sur l'ERYTHREE, sur le travail d'assistant social, sur plein d'autres choses qui en fait un texte vivant. En lisant ce roman on se rend vite compte que nous sommes privilégiés de vivre dans notre pays et que des horreurs sont encore perpétrées dans des pays pas si loin de nous sans qu'on s'intéresse plus que çà à eux. On nous parle de la COREE DU NORD mais d'autres pays sont tout aussi monstrueux. Je me pose la question: suis je la seule à ne pas connaître ce pays avant de lire MERHABA ou suis-je le reflet d'une société qui se fie à ce qu'elle voit aux actualités et du coup occulte une bonne partie du monde dont on n'entend quasiment jamais parler?

Ce roman, au delà de l'enquête de Thomas à la recherche de réponses est avant tout une remise en question de ma pensée. j'ai commencé à faire des recherches sur internet pour en découvrir un peu plus sur l'ERYTHREE et m'informer un peu plus. Il est parfois bon de lire des romans qui remettent en question notre pensée et nous font nous interroger au delà de l'histoire. Je ne lis pas ce genre littéraire car mon métier me met face à la misère humaine quotidiennement. J'essaie de m'évader dans mes lectures de ce quotidien trop cruel souvent. Je remercie donc l'éditeur d'avoir eu le courage de sortir ce roman difficile. Merci aussi à l'auteur d'avoir eu le cran de s'attaquer à un tel sujet.

Je recommande à qui aime les histoires bien écrites, les rebondissements incessants et à qui veut en savoir plus sur le travail d'assistant social chargé d'aider les réfugiés arrivant en FRANCE.

Pour terminer le titre du roman MERHABA veut dire "bienvenue" en tigrinya, langue officielle d'ERYTHREE. Je vois deux explications à ce titre mais me trompe peut être. Comme c'est en tigrinya je pense à l'ironie du mot car qui voudrait aller dans une dictature aussi sanguinaire et se sentir le "bienvenu". la seconde option est de prendre le mot du point de vue des demandeurs d'asile pensant trouver une terre d'accueil en arrivant en EUROPE et se retrouvant face aux contraintes bureaucratiques et devant vivre dans des endroits insalubres dans des conditions inhumaines. Soyez les "bienvenus". Je me trompe peut-être sur la signification du titre mais c'est ce qu'elle m'évoque.

Ce roman, au delà de la notion "coup de coeur" qu'on peut difficilement lui donner du fait du sujet abordé a été enrichissante de plus d'un point de vue. N'est-ce pas une des raisons principales de la lecture après le fait de prendre plaisir. Maintenant je pense que l'autre roman de l'auteur que j'ai dans ma bibliothèque sera une des prochaines lectures que je ferais.

Salut et à bientôt.